mercredi 21 janvier 2015

" A l'instant une étoile ferme son oeil" -- Nelly Sachs


Im Augenblick schließt ein Stern sein Auge
Die Kröte verliert ihren mondenen Stein
Du in deinem Bett schenkst der Nacht deinem Atem
O Karte des Universums
deine Zeichen führen das Geäder der Fremdheit
uns aus dem Sinn -

Enterbte beweinen wir Staub -










A l'instant une étoile ferme son œil
Le crapaud perd sa pierre de lune
Toi dans ton lit tu offres à la nuit ton souffle
Ô carte de l'univers
tes signes nous arrachent de l'esprit
les veines de l'étrangeté - 

Déshérités nous pleurons la poussière - 

(traduit par Martine Broda)




(in Nelly Sachs, Eli - Lettres - Énigmes en feu, traduit par Martine Broda, Hans Hartje, Claude Mouchard, Belin)




Passage difficile que ce :
deine Zeichen führen das Geäder der Fremdheit
uns aus dem Sinn -

qu'il faut bien entendre comme une perte, un arrachement douloureux que les deux premiers vers annoncent et que fait bien sentir la traduction de Martine Broda.  
Geäder, c'est bien veine, et dans tous les sens que ce mot a en français (anatomique ou minier mais pas au sens de "chance", toutefois) ; on pourrait même traduire "nervure" (comme la nervure d'une feuille). Fremdheit, c'est bien étrangeté ... on voudrait presque traduire "altérité" voire "identité". 
C'est la tradition dont le réseau irriguait l'esprit qui est arrachée ; c'est ainsi qu'on peut bien comprendre le dernier vers.

La traduction est incroyable : aucune sur-interprétation (ce que seraient mes suggestions ci-dessus), une trajectoire parfaite, à la fois au ras de la traduction littérale et au cœur du sens.




(de Nelly Sachs, voir aussi ici, et )