mardi 8 février 2011

Mourir comme un homme -- João Pedro Rodrigues




La première moitié de ce film explore de façon presque brouillonne un espace délimité par Douglas Sirk, Rainer Werner Fassbinder et Pedro Almodovar ; ce faisant, outre l'intrigue, elle pose les fondations oniriques (la forêt, le conte, l'enfance) d'une seconde partie fascinante, loin de tout modèle. Il faut avoir su ancrer les personnages dans le cœur des spectateurs pour réussir ce long travelling immobile dans le cimetière où le film se finira (là, on penserait plutôt à Lynch), ce chromo (avec filtre rouge !) de quatre minutes en plan fixe sur fond de Calvary chanté par Babby Dee (ici mais le son est un peu chaotique) ou le plan séquence de la scène finale.
Sans jamais paraître rigide, la construction est très rigoureuse jusque dans les détails : ainsi les fleurs (des anthuriums rouges ?) que cueille la "sorcière" dans son jardin où font irruption Tonia et Rosario, ce sont  bien sûr les fleurs auxquelles Tonia a renoncé dans la scène de la serre ("parce que dans le jardin elles mourront dans un mois"). Les myosotis que Tonia cueille dans la forêt et qui seront à l'origine de la résurrection finale d'une mémoire (littéralement) enfouie, ce sont sans doute ces autres fleurs plus modestes auxquelles elle renonce aussi dans la même scène de la serre ("parce qu'elle n'a pas la tête à acheter des fleurs"). On pourrait encore citer d'autres exemples
Tout cela, tout le film, pourrait être grotesque, c'est poignant.

Entretien avec le réalisateur (à qui l'on doit aussi O fantasma en 2000), ici.