samedi 24 juillet 2010

Back to the USSR ?



"Obrazy miasta"
Rzeszów


Ce matin, regardant par la vitre en attendant un ami dans un café de la zone HLM dont les peintures commencent à perdre leur pimpant, j'ai cru tomber dans une faille spatio-temporelle. Etait-ce le ciel trop bas, la lumière trop sale ? Je ne pouvais pas m'y tromper : cette grisaille informe et vaguement collante, ce désœuvrement accepté, cette atrophie de l'espérance, si sévère qu'elle n'en est même plus douloureuse, cette lenteur des corps qui semblent ne pas savoir pourquoi ils vont là où leurs pas les portent maladroitement, tout cela sous les fiers slogans en rouge et or d'une chaine de restauration rapide et le flot de discours dégoulinant des informations télévisées, tout cela, jusqu'au regard encore confiant des enfants les plus jeunes réclamant aux adultes d'insuffler un minimum de sens à ce qui les environne, cette soumission hébétée et vaguement craintive à un ordre étranger, ponctuée de rodomontades d'ivrogne, tout cela ne pouvait que me ramener au pied des barres de Katowice ou de Rzeszów
(excellent blog-photo), il y a une grosse trentaine d'années.





Il ne faut pas abuser de Patočka !


Et pourtant, pour désagréable que ce soit ce repliement spatio-temporel, il me rappelle que c'est forcément au faîte de leur puissance que s'amorce le déclin des empires. Le "bloc" de l'Est (fallait-il être aveugle pour voir un bloc dans cet enchevêtrement de nations !) n'a pas survécu longtemps à la mise à vif de ses contradictions internes, l'une d'entre elles étant que le contrat tacite "ils font semblant de nous payer et nous faisons semblant de travailler" cachait un non-dit sur une version locale de l'égalité des chances : l'accès à la nomenklatura devait rester une possibilité pour qui accepterait de se plier aux règles. La fermeture sur elle-même de cette nomenklatura a rompu ce contrat tacite et fait apparaître le discours du "eux et nous".



Hadlichstraße Berlin-Pankow


Au passage, qu'est donc devenu le sens chromatique si aiguisé de ceux qui savaient si bien dénoncer hautement la crasseuse grisaille de la DDR (pour une raison qui m'échappe, la référence semblait toujours être la DDR ! Proximité géographique, héroïsme de traine-pantoufle avec frisson de check-point à la clé, exotisme de Pankow ou tout simplement décalage culturel du catholique en pays protestant ? Mystère ... ) ? Il pourrait trouver à s'exercer utilement dans un exotisme de proximité !



Ici et maintenant, le mythe du marché régulateur commence à craquer et à laisser entrevoir la mécanique prédatrice qu'il dissimule. La prise de conscience est lente mais se fait en profondeur sans laisser de signe trop visible à la surface des choses : la soumission règne, réelle et pas seulement apparente, mais en conclure que rien ne se passe, c'est oublier que c'est d'autre chose dont le système a besoin, d'une soumission volontaire, active pour ainsi dire, d'une soumission qui pour être efficace et permettre au système de se perpétuer doit prendre les formes de l'initiative, de l'action, de la lutte. Lentement, le poison de la passivité corrompt les mécaniques les mieux huilées des "démocraties réelles" et il n'y a pas générateur plus efficace de passivité que le discours du "eux et nous".