jeudi 4 janvier 2018

Mensonges -- Valérie Zenatti





Quoi de mieux que ce livre de celle qui l'a tant et si bien traduit en français pour se souvenir d'Aharon Appelfeld ?

Et puis relire Adam et Thomas ; oui, je sais, c'est, dit-on, un livre pour enfants ; raison de plus.


Valérie Zenatti, Mensonges, Editions de l'Olivier, 2011
(voir ici)
Aharon Appelfeld, Adam et Thomas, traduit par Valérie Zenatti et illustré par Philippe Dumas, L'Ecole des Loisirs, 2014
(voir ici)

Le château et la quête du poème -- André Frénaud


Lentement et parfois avec fièvre et se précipitant, le poète construit un chemin dans l'opacité fluente du monde et de lui-même, s'arrêtant tout à coup pour se demander s'il ne s'égare pas, si chaque pas qu'il fait : chaque vers, si chaque plateau qu'il franchit, chaque montée qu'il élève : chaque strophe, ne le détourne pas du château avec lequel à la fin il doit se confondre ; obligé de revenir en arrière et de détruire ses traces pour en marquer d'autres : d'autres mots et massifs de mots, qui ne seront pas à détruire, ceux-ci, mais qui devront savoir s'annuler à la fin dans la fulguration du lieu à inventer, l'y acheminant, peu à peu, l'y transportant, tout au long de la route obscure que ses pas devraient illuminer à mesure et que parfois en effet ils illuminent et le monde entier avec lui, il le croit. Et il est vrai que l'intermittente lumière s'éteint à peine a-t-elle brillé au cours de cette quête et que le sentiment de la vanité de l'effort rend amère la certitude qui fut d'avoir été dans la juste direction, d'avancer.

Et pourtant, il doit continuer à trouver et à chercher, à progresser pour que, à la fin, le château se trouve là édifié, de l'intérieur duquel, s'y confondant, il saisira pour un instant l'Unité du Tout, panorama et racines, abîmes et ciel bleu, recoins avec ce qu'il faut de vertigineux pour qu'il éprouve le vertige, oiseau qui rassemble à lui seul toutes les imaginables ailes, tout à la fois. Parti à l'aventure sur un appel et guidé, mais abandonné le plus souvent et réduit à l'impuissance, exalté ou vacillant au cours de la longue marche, le poète, durant le temps presque imperceptible où il s'identifie avec le château, reconnaît qu'il a construit ce qui est. Et c'est vrai ! Parce que, étant par nature contradictoire comme tous êtres et toutes choses qui sont, le poète, au moment où il se dresse avec le château, se trouve atteindre et vivre cette contradiction dans les mouvements de la totalité ; ainsi se trouve-t-il délivré du déchirement, dans la mesure où déchirement signifie séparation et entrave, pour participer à la violence des contradictions dans l'Unité ; c'est la Réalité dans laquelle il s'est intégré qu'il exprime.

Et la fulguration évanouie, il ne restera qu'un monument en face de lui, plus ou moins ample et élevé, dont il fera le tour avec déception, tant cette construction ressemble à beaucoup d'autres qu'il connaît, morne et d'une beauté toute extérieure. Et il s'efforcera de retrouver, à l'examiner de différents côtés, à y monter et descendre, à parcourir salles et corridors, à se fixer tout à coup sur telle arête fuyante, au défaut des proportions et des formes, quelques échos de la voix illuminante qui s'est fait entendre, parfois, au cours et au sommet de la route.

(1957)        



(in André Frénaud, Il n'y a pas de paradis, Poésie/Gallimard)

jeudi 21 décembre 2017

Solo Contra -- John McCowen


La vibration si rare de la clarinette contrebasse, par un disciple de Roscoe Mitchell ; le plus beau son de cette année :